JEAN-LUC BLANCHET

[effacement]
[erasing]
Elisabeth Cotte

Ôter, enlever, retirer, supprimer, défaire, soustraire, détruire, mais aussi laver, frotter, nettoyer, telles sont les options retenues par Jean-Luc Blanchet lorsqu'il élabore sa peinture au milieu des années 90.

Pulling off, taking out, removing, deleting, undoing, subtracting, destroying, but also washing, rubbing and cleaning: these are the options chosen by Jean-Luc Blanchet while developing his painting in the 1990s.

Pour ses premiers tableaux "noir brillant", Jean-Luc Blanchet commence par appliquer sur la toile une couche de peinture noire qu'il efface ensuite avec des chiffons de manière à former progressivement l'image voulue. Une fois ce travail accompli, la toile passe sur des tréteaux et y reçoit une dizaine de couches de laque noire et brillante afin que le spectateur et l'environnement puissent s'y refléter. A travers ces tableaux, Jean-Luc Blanchet réussit donc à inverser le processus de fabrication traditionnel de l'image peinte. En effet, comme l'explique l'artiste : "Depuis Lascaux, les peintres n'ont cessés de fabriquer et de faire apparaître des images uniquement en appliquant et en accumulant de la matière sur des supports. Face à ce constat, j'ai donc voulu inverser ce processus en les faisant apparaître à l'envers, c'est à dire par soustraction, par suppression, en enlevant et en retirant la peinture de la toile."

In his first 'shiny black' paintings, Jean-Luc Blanchet begins by putting a coat of black paint onto the canvas, which he later erases with pieces of cloth in order to achieve, step-by-step, the desired image. Once this work is complete, the canvas rests on a support and is covered with about ten coats of black gloss so that the onlooker and the surroundings will be reflected. With these paintings, Jean-Luc Blanchet thus manages to invert the traditional process of painting an image. As the artist explains: 'from Lascaux, painters have constantly been creating and giving birth to images by exclusively applying material to a surface. I therefore decided to reverse the process by wanting to give birth them upside down, i.e. not only through the addition and the application of some material, but, rather, by removing, by deleting and by taking paint off the canvas.'

Dans d'autres travaux, inaugurés par une toile comme Transfer, Jean-Luc Blanchet va plus loin en effaçant cette fois-ci non seulement la peinture mais aussi et surtout les images qu'il projette et reproduit sur la toile. Et pour cause, face à la profusion et à la saturation des images diffusées par les journaux, les magazines, la publicité, la photographie, le cinéma, la télévision, les jeux vidéo, les smart-phones, les tablettes, internet, Google, Facebook, Youtube, Instagram, ou ne serait ce simplement que par l'histoire de l'art et de la peinture, il s'agit plutôt pour Blanchet de les faire disparaître. Ce qu'il reste sur les toiles sont donc des restes, des ruines, des "traces d'images" plus que des images à proprement parler. Ce sont des "images effacées", détruites, anéanties où tout ce qui constitue la surface d'un tableau à été supprimé.

In other works, beginning with the painting Transfer, Jean-Luc Blanchet goes even further: in this case not only erasing paint but also the image that he projects and reproduces on the canvas. Indeed, faced with the abundance and the saturation of the images spread by newspapers, by magazines, by ads, by photography, by movies, by television, by video games, by smartphones, by tablets, by the Internet, by Google, by Instagram, by Facebook, or even only by the history of art and of painting, Blanchet's goal is rather to delete them. What is left of the paintings are therefore remains, ruins, 'traces of images' more than images so to speak. These are 'erased images', they are destroyed, abolished, and the surface of the painting loses all of its properties.

Dans ce travail a l'esthétique "punk-conceptuel" et "minimal-trash" où cet artiste à fait de la mort de l'art et de la peinture un véritable sujet (L'art et la peinture peuvent-ils mourir ? Si ils meurent, que se produit-il ? Y-a-t'il une vie après la mort ? Ou alors sont-ils immortels ?), chaque effacement est donc une destruction de matière: une dématérialisation. A travers elle, l'objectif est bien pour ce peintre de "pouvoir sortir du matérialisme, autant pictural que sociétal, et d'envisager un monde basé sur l'immatériel et l'invisible, c'est-à-dire essentiellement sur le spirituel, l'imaginaire et le relationnel."

In this work with minimal-trash and punk-conceptual aesthetics in which this artist made a genuine topic out of the death of art and paint  (Could art and painting die ? What happens if they die ? Is there life after death ? Or are they immortal ?), each erasing is a destruction of material, i.e. some dematerializing process. Through this dematerializing process, the intention of this painter is definitely 'to escape materialism, both in painting and society, in order to consider a world based on the immaterial and the invisible spheres, i.e. essentially on the spiritual, the imaginary and the relational spheres.'

Dans la lignée des "effaceurs" de son temps comme Joyce Pensato ou Christopher Wool, et à travers la "mise à mort" et l'anéantissement de ces images à connotation politique, économique, sociale, religieuse, médiatique, familiale, sportive, militaire ou financière, le travail de ce peintre de l'anthropocène et de la collapsologie représente l'effacement du système capitaliste et de la civilisation dans toutes ses dimensions. Il marque la fin du "vieux monde", et le passage entre ce "vieux monde" et un "nouveau monde" plus écologique, naturel et magique.

In the tradition of "erasers" of his time like Joyce Pensato or Christopher Wool and through the annihilation of these images, whether they be political, economical, social, religious, media-related, family-related, sport-related, military or financial, the work of this painter of anthropocene and collapsology depicts the erasure of the Capitalism system and the Civilization in all her dimensions. His work marks the end of the "old world", and the passage between the "old world" and a "new world" more ecological, natural and magical.

Translation, Arnaud Hedin